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Cyberthéorie

La plasticité du corps humain informatisé: rencontre entre le biologique et la technique

S’il y a tant de souplesse dans le traitement de l’information numérique, c’est grâce à la possibilité d’actualiser les données dans la mémoire « vivante » des ordinateurs. Cette mémoire ne correspond plus à l’enregistrement de traces matérielles sur un support solide, mais à un flux immatériel d’informations sur un support devenu liquide. Un dialogue est alors possible entre la machine qui pense et un utilisateur pouvant à souhait manipuler et transformer toute sorte d’objets virtuels. L’efficacité du numérique dépend donc de la mémorisation en temps réel de nos interventions, au sein d’un environnement simulé. Bien sûr, tout ça est affaire d’interfaces, puisque sur le plan technique, l’homme et l’ordinateur ne pensent pas de la même façon. Le prolongement de l’un vers l’autre, se fait donc par l’intermédiaire d’interfaces graphiques et matérielles. 

Qui plus est, les interfaces sont en pleine évolution. Le pixel et la boule roulante, par exemple, sont en voie d’être remplacés par des dispositifs multisensoriels directement branchés sur les organes du corps, comme les casques de visualisation au laser, les gants ou les vêtements de données. L’interface devient alors de moins en moins une frontière entre deux domaines et de plus en plus un environnement vécu sous le mode de l’immersion. Comment cet environnement modifiera-t-il la perception de notre corps et de notre espace réel? Mais avant que l’on ait le temps de répondre à la question d’autres problématiques surgissent déjà. 

En effet, dans les laboratoires de recherche on prépare déjà des formes de communication inédites entre l’homme et les technologies informatiques, et ce, sans passer par la vue, le geste et le toucher. La méthode consiste à raccorder aux circuits électroniques l’énergie électrique des neurones du cerveau à l’aide d’électrodes. Nous nous dirigeons ainsi vers l’abolition des frontières définies à ce jour par les interfaces. On aura désormais tendance à les considérer comme des obstacles, des contraintes à la malléabilité, la rapidité et la souplesse de la pensée naturelle et artificielle.